Travaux artistiques d'IanE Sirota

L’occasion fait le larron

Il était grand temps que je cesse de taire l’autre cause de mon étourderie, mon autre préoccupation du moment. Un appel à contribution dont je n’ai eu vent qu’aujourd’hui m’en donne donc l’occasion. C’est le blogueur Orpheus qui a lancé cette collecte intitulée C’est la Lutte Nuptiale !©, retrouvez tout le détail de cet appel ici.

Je vous livre une partie de ce qui me fait ruminer depuis des semaines :

Parole, parole, parole…

Caramels bonbons et chocolats me font moins mal au ventre. « Moi président, je tiendrai mes promesses » qu’il avait dit. J’avais envie de le croire même si je m’en défendais. L’engagement 31 m’apparaissait comme un jalon dans une évolution vers la fin de discriminations institutionnelles et dont la dynamique ne faisait plus de doute. Je n’imaginais pas que cela cause autant de remous. L’opposition farouche me semblait l’affaire de quelques uns, et j’avais beau savoir qu’ils ne craindraient pas d’être taxés d’homophobie, je n’imaginais pas qu’ils prennent tant de place. Ce qui fait mon malaise, c’est la sensation de leur omniprésence médiatique. C’est peut-être parce que je n’ai pas le temps de me remettre d’une atteinte à ma citoyenneté, voire à mon humanité entre deux salves, que j’ai l’impression qu’on n’entend que leurs arguments passéistes.

Parfois, je me dis, ben oui, les journalistes les trouvent ridicules, il ne prennent même pas la peine de le pointer tant ça leur semble évident… mais outre les sondages qui ont indiqué le fléchissement de l’opinion, il y a le mal mortifère que je ressens et que je sais partagé par d’autres. J’ai tâché de rester dans une attitude constructive, ne pas m’énerver en public, qu’il s’agisse de crier ou de pleurer. Écouter, expliquer, patienter, recommencer. Échanger pour affûter mes arguments et sentir les soutiens plus que bienvenus.

Du fait de leur forme, la plupart des débats télévisés ne pouvait que tourner en eau de boudin. Il ne s’agit que d’attendre la petite phrase, de répéter les éléments de langage qui s’incrustent sur le bout des langues sans passer par le cerveau. Il s’agit de défendre un modèle sans l’expliquer. Sans dire qu’il repose sur des inégalités, voire des rapports de domination, d’exploitation ; ou qu’au contraire on vise justement à respecter les trois mots portés à nos frontons. On ne peut pas dire la visée lointaine du côté de l’égalité puisque c’est justement ce qui fait le plus peur aux conservateurs. Je me suis retrouvée à rassurer des personnes en disant que non, « père » et « mère » ne vont pas disparaître au profit de parent A et parent B, alors que dans le même temps, je me demande comment les mairies vont tenir les stocks de trois types de livrets de famille alors que les statistiques discriminantes sont interdites. Mais puisqu’on fait des statistiques séparant hommes et femmes et que la parité figure dans notre constitution, il y a peut-être un espace juridique viable pour cette formule.

Je me suis retrouvée à rassurer sur le fait que les dispositions envisagées n’abolissaient pas le « sexe » comme critère d’identification alors que j’appelle de mes vœux ce changement. Dès les premières dispositions du projet de loi, j’ai eu l’impression d’une forme de renforcement du sexisme. Que le choix ait été fait de préciser qu’il s’agissait de l’union de deux personnes de même sexe ou de sexe différent. Pourquoi renforcer la mention de « sexe » ? Ces mentions m’évoquent l’état civil actuel et je me demande : en quoi serait-ce un mariage pour tous si certains officiants se sentent encore fondés à vérifier que l’identité des futurs époux est conforme ou F ou au M que porte leurs papiers ?

Alors que j’écris ces lignes, je crois que la loi qui sera votée en début d’année ne comprendra pas la Procréation Médicalement Assistée, donnant accès au mariage à des couples sans ouvrir tous les droits qui me semblent correspondre. Maintenant donc une discrimination, créant des mariages de seconde zone. Dans ma perception de l’esprit des lois, je ne vois pas comment cela pourrait être validé par les hautes instances. Qu’en sais-je, puisque je n’ai pas compris qu’elles refusent de se prononcer sur la question prioritaire de constitutionnalité soumise l’an passée sur ce thème.

Parfois, je crains de nouvelles reculades compte tenu de celles auxquelles nous avons déjà assisté. La P.M.A. figurait dans le programme du parti socialiste pour les législatives. Au deuxième tour, j’ai voté pour leur candidat. Il fait partie des élus ayant demandé à ne pas figurer au bas de l’amendement visant à honorer leur promesse de campagne. J’ai écrit un mail à mon représentant. Il n’a pas répondu. Ma voie/x est jugée négligeable, je suis renvoyéE à une forme d’impuissance. Comment resté impliqué quand on est renvoyé ainsi à une sorte d’inutilité sociale ? J’essaie de me panser et j’attends impatiemment les rendez-vous collectifs qui rassurent sur l’ampleur du mouvement, qui permettent de sentir qu’on fait bien pleinement partie de la société, et non seulement de ses marges comme d’autres voudraient faire croire.

Certains élus rejettent tout lien entre les débats et le mal-être qu’on peut ressentir. Peut-être les mêmes se plaignent-ils de l’abstentionnisme, des votes blancs et autre désintérêt pour la chose politique au sein de la population. Aujourd’hui, j’ai envie de me détourner. J’ai besoin de me protéger, de me sauver. Parce que quand les medias de masse offrent toute leur caisse de résonance aux propos homophobes, leurs mots ne sont pas sans effets. Les mots ne sont pas que des abstractions, ils recouvrent quelque chose du réel. Ils peuvent opprimer autant que libérer.

Je crois qu’il faut encore le rappeler : refuser une égalité de traitement en raison de différentes orientations sexuelles est une discrimination. Je comprends qu’il est épineux de reconnaître qu’on est agi par une homophobie institutionnelle, qui fait partie d’un fond socio-culturel depuis des siècles, et qu’on en devient auteur de discours homophobes, soi-même homophobe. Beaucoup d’ »humanistes » du siècle dernier ont connu cette difficulté au moment de reconnaître que leur engagement pour le maintien de la ségrégation relevait du racisme. Et à l’époque aussi, leurs arguments trouvaient d’importants relais, véhiculant encore « l’évidence » des différences entre les uns et les autres, relevant du bon sens.

Alors quand la loi, dite du mariage pour tous, sera votée, j’espère ressentir un soulagement. J’espère que les polémiques sur le sujet ne trouveront plus la même place dans les media et que je pourrai me ressourcer, retrouver mes énergies pour maintenir mon engagement quotidien pour questionner ce qui peut opprimer, me respecter et me faire respecter dans ce que je suis, en espérant que cette recherche d’émancipation ait aussi quelque effet par émulation.

Ariane Sirota, le 7 janvier 2013.

2 Réponses

  1. Un grand merci à toi de joindre tes mots aux notres dans ce recueil. Je nourris le même espoir que toi dans ta conclusion.

    7 janvier 2013 à 21 h 10 min

    • Merci à toi pour cette initiative… et pour les mots que tu ajoutes ici.

      7 janvier 2013 à 21 h 13 min

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