Travaux artistiques d'IanE Sirota

Transports et retards

Voilà bientôt une semaine que je suis rentréE de Tunis après la fin de la troisième édition de Chouftouhonna. Je ne suis pas encore remisE. Entre la nouvelle lune et l’équinoxe, je repense aux hospices du début du festival :

La photo nocturne a été prise depuis le toit du Théâtre national Tunisien.

Le lieu était une découverte, il diffère de bien des façons de celui que j’avais visité l’an passé. En plein centre ville, plus ancien, élevé sur un plus grand nombre de niveaux… Avec encore plus d’œuvres à présenter et d’artistes présentes, le changement d’ampleur faisait sens, tout comme l’emplacement au regard des ambitions de l’événement. Les chiffres sont impressionnants : 250 artistes représentant plus de 50 pays, près de 200 œuvres à accrocher, 4 jours de programmation entre conférences, projections, concerts, performances…

Les préparatifs étaient physiques. l’ancien palais est en cours de rénovation, il y avait beaucoup de matériel à évacuer ou à cacher aux visiteureuses avant l’ouverture. D’autres difficultés matérielles ont encore compliqué les conditions de mise en place de l’exposition. Quelques notes grinçantes pour la partie arts visuels du festival. Gros ascenseur émotionnel pour moi qui ai mis la main à la pâte et me suis retrouvéE dans l’équipe chargée de mettre en scène (entre autres) les pièces d’une personne qui m’est chère : Lily Hook (photos accrochées sur fond noir).

L’épreuve la plus douloureuse a été l’intervention de l’équipe technique, masculine, attachée aux lieux. Pendant près de 2 heures, ils ont monopolisé les outils pour fixer le plus grand triptyque (sur un autre mur que ceux visibles dans l’image ci-dessus), et dès qu’ils ont disparu nous avons défait ce qu’ils avaient amorcé afin d’obtenir un fini plus propre avec moins d’efforts. Du mansplaining (ou mecsplication) en préambule d’un festival féministe, c’était lourdingue. Aujourd’hui, ça me ferait rire tellement c’est ridicule, mais sur le coup, ça nous a fait perdre tellement de temps qu’on n’était pas du tout d’humeur à rire !

Dans un autre bâtiment, à une autre altitude :

Il y a beaucoup plus à voir sur la page facebook du festival avec les photos et vidéos produites par la nombreuse équipe mobilisée pour documenter l’événement.

Cette année encore, l’espace temps du festival a été rempli de rencontres et de stimulations en tous genres. Puisque ce n’était pas ma première fois, ce fut aussi l’occasion de retrouvailles et d’approfondissement de certaines relations.

Ces quelques jours ont été très intenses émotionnellement même si je n’ai pas connu d’angoisse sociale écrasante, sûrement du fait de la camaraderie impulsée par les organisatrices. Je reste tellement admiratiVE de beaucoup d’artistes qu’il m’était difficile de m’adresser à elles en toute simplicité. Pour sortir de cette réserve, je me suis laisséE aller à ouvrir certaines interactions par un long compliment afin de pouvoir passer outre ensuite.

L’année passée, tournéE vers les ateliers s’étirant pendant tout le festival, je n’avais que peu profité de la programmation. Pendant cette troisième édition, j’ai pu faire partie du public. Et outre les émotions directement suscitées en moi par les lectures, chorégraphies et autres performances, j’ai pu ressentir l’effet qu’elles avaient sur l’audience. Une impression en perspective s’est formée avant la fin du festival, d’abord lors de la première conférence, avec les mots de Marit Ötsberg sur l’importance du processus dans la création collective, Roula Seghaier évoquant la langue, matériel culturel souvent préempté, et Nidhal Azhary évoquant l’oblitération de l’histoire et de la culture Amazigh. Et puis il y a eu la performance du duo de sœurs, Ji’lha Iaznam, autour des poèmes de l’une d’entre elles (aussi autrice d’une installation troublante), où on pouvait entendre répéter : « Tes mots ne sont pas tes mots ». Enfin, le dernier jour, la lecture d’extraits de Le Corps lesbien, de Monique Wittig par Chloé Vivarès. J’attendais ce moment depuis le début du festival, quand j’ai appris que c’était au programme. Les choix faits par la comédienne pour traduire les marques typographiques hachant le texte permettaient d’entendre une décomposition de la langue. Entendre ce texte résonner et dans une grande salle où la seule lumière est celle qui rend possible la lecture, ressentir la qualité de l’écoute tout jusqu’à la fin… Chloé a recueilli les suffrages du jury des arts vivant et est repartie avec un prix.

Même après avoir quitté le l’hébergement collectif et que la plupart des artistes soient reparties, il a été bien difficile de se motiver à prendre la route de l’aéroport, même sans savoir qu’on va y passer plus de 6 heures. Environ 4h30 de retard à l’arrivée au Nord de la Méditerranée, et un trajet jusqu’à la maison achevé bien après le milieu de la nuit. Il m’a fallu plusieurs jours pour me remettre de cette longue journée, et je n’ai pas fini d’assimiler la masse d’émotions agitées autour du festival. Voilà pourquoi cet article arrive aussi tard, outre que j’étais partiE sans ordinateur. Les stimulations liées aux propositions artistiques et aux discussions auxquelles j’ai pu assister vont encore infuser longtemps. Elles seront prolongées par de nouveaux échanges avec les personnes rencontrées à Tunis (merci internet !), et/ou peut-être d’autres…

Dans une semaine, je serai en route pour Rome afin d’y arriver en bonne forme pour Queer Infection Lab où j’édifierai une nouvelle Ninouche.

Si j’ai bien saisi le programme, j’y retrouverai quelques participantes de Choufouthonna#3. J’ai rapidement arrêté de compter combien de fois on m’a demandé à Tunis si je menais un atelier de sculpture cette année. Avant cette question répété je n’avais pas réalisé qu’aucune nouvelle sculpture de cette série n’avait vu le jour à l’échelle 1 depuis Chouftouhonna#2. Cela me motive à nouveau pour le remaniement de mon dossier de candidature pour une résidence autour du projet Des corps en ces lieux en 2018. D’autres dossiers demandent à être bouclés avant le départ vers l’Italie puisqu’à mon retour, ce sera déjà octobre. Encore une fois, l’entrée dans l’automne va m’échapper, il me semble donc à propos de partager de nouvelles photos à la rubrique Fouillis Végétal, d’autant que certaines remontent à l’hiver dernier :

Bonne quinzaine, prenez soin de vous !

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